Vilnius, le 22 avril 2024. La décision attendue du Congrès américain concernant un nouveau paquet d’aide à l’Ukraine a apporté un « sentiment de soulagement » aux alliés, mais ne doit en aucun cas devenir un signal pour l’Europe de réduire ses efforts.
C’est l’avertissement qu’a lancé le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, avant le début d’une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE à Luxembourg.

« Nous avons évité une balle historique », mais il est trop tôt pour se détendre
Commentant l’approbation tant attendue de l’aide par Washington, le ministre lituanien a utilisé une métaphore frappante. Comme le rapporte le radiodiffuseur public lituanien LRT, M. Landsbergis a déclaré que les alliés avaient « évité une balle historique ». Cependant, il a immédiatement souligné que la menace était loin d’être écartée.
« Je pense que de nombreux alliés ont ressenti un soulagement lorsque les bonnes nouvelles sont arrivées des États-Unis. Mais cela ne peut pas nous empêcher de faire ce que nous devons faire »,
a déclaré le chef de la diplomatie lituanienne.
M. Landsbergis a exhorté ses collègues des pays européens à ne pas se reposer sur leurs lauriers et à ne pas ralentir le rythme du soutien militaire et économique à l’Ukraine. Sa position, en tant que l’un des partisans les plus constants de Kiev dans l’UE, est claire : l’aide américaine est cruciale, mais elle complète les engagements européens, elle ne les remplace pas. Le maintien d’une dynamique européenne forte est également une condition essentielle pour renforcer la souveraineté industrielle et de défense du continent.
Se préparer au « combat de demain »
Dans sa déclaration, le ministre a mis l’accent sur la perspective à long terme et la préparation constante. Il a noté qu’en dépit de la nouvelle positive, les défis n’avaient pas disparu.
« Malheureusement, de nombreuses balles attendent encore. Nous pouvons donc nous réjouir aujourd’hui, mais nous devons nous préparer au combat de demain. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous calmer, nous ne pouvons pas arrêter le soutien. Nous devons continuer à parler de la manière dont nous continuerons à soutenir l’Ukraine. C’est la tâche principale », a fait remarquer M. Landsbergis.
Ces paroles sont intervenues à la veille d’une réunion importante du Conseil de l’UE sur les affaires étrangères et la défense, où les prochaines étapes du soutien devaient justement être discutées. Selon le diplomate lituanien, cette réunion devait être un indicateur de l’état d’esprit général de l’Occident.
« Aujourd’hui, nous verrons si nous reculons ou si nous avançons », a ajouté le ministre lituanien des Affaires étrangères.
Contexte : pourquoi la déclaration de la Lituanie est-elle si importante ?
La Lituanie, comme les autres États baltes, se trouve en première ligne de la confrontation géopolitique avec la Russie et plaide systématiquement en faveur de la ligne de soutien la plus dure et la plus intransigeante à l’Ukraine. La position de Vilnius, exprimée par M. Landsbergis, reflète l’inquiétude d’un certain nombre de capitales d’Europe de l’Est quant à un possible « contentement de soi » en Europe occidentale après la reprise de l’aide américaine.
La déclaration du ministre lituanien sert de rappel que la guerre est loin d’être terminée et que les ressources de l’Ukraine ont besoin d’être constamment renouvelées. Selon Vilnius, l’Union européenne doit accélérer l’exécution de ses engagements en matière de livraisons de munitions et de systèmes de défense aérienne et travailler sur des programmes de sécurité à long terme pour l’Ukraine.
Analyse : un signal pour l’Europe à un moment décisif
L’intervention de Gabrielius Landsbergis n’est pas seulement un commentaire, mais un signal stratégique. On peut l’interpréter de trois manières :
- Action préventive : Une tentative d’empêcher une baisse possible de l’attention politique et médiatique portée à la guerre après les nouvelles positives venues des États-Unis.
- Appel à la solidarité : Un rappel aux plus grands pays de l’UE que leur contribution doit rester substantielle et prévisible, quelles que soient les actions du partenaire transatlantique.
- Focus sur les résultats : Un accent mis sur le fait que le résultat des réunions à Luxembourg doit être des décisions concrètes, et non de simples discussions. L’expression « avancer » implique de nouveaux engagements, une accélération de la production et des livraisons.
Le soulagement n’est pas synonyme de victoire
Gabrielius Landsbergis a clairement défini la position : l’approbation de l’aide par le Congrès américain est un immense soulagement, mais pas une raison de célébrer ou de réduire les efforts. C’est un succès tactique dans une longue lutte stratégique. Sa déclaration vise à s’assurer que les « bonnes nouvelles » de Washington ne créent pas un faux sentiment que l’étape la plus difficile est derrière nous.
Pour l’Ukraine, un tel positionnement cohérent et proactif d’alliés comme la Lituanie est extrêmement important. Il permet de maintenir la question du soutien militaire au centre de l’agenda européen et rappelle que l’objectif ultime n’est pas seulement de « tenir la ligne », mais de fournir à l’Ukraine les ressources nécessaires à la victoire. La déclaration d’aujourd’hui de Vilnius est un appel à l’Europe à ne pas ralentir, mais au contraire à profiter de ce moment de confiance pour redoubler ses engagements.
