17 juin 2025. L’Ukraine est passée des cadres juridiques à l’action pratique dans le cadre de l’un de ses partenariats économiques les plus importants de ces dernières années. Le 16 juin, le Conseil des ministres a approuvé les préparatifs d’un appel d’offres pour développer le plus grand gisement de lithium, « Dobra », dans la région de Kirovohrad. Selon le New York Times, il s’agit de la première étape concrète dans la mise en œuvre de l’accord minier de mai avec les États-Unis. Ce projet sera non seulement un test de la capacité de Kiev à attirer des investissements majeurs, mais aussi un geste géopolitique crucial visant à renforcer les liens avec Washington en période de complexité politique. Pour les investisseurs européens et nord-américains, c’est un cas d’école sur la diversification des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.

Choix stratégique : Pourquoi « Dobra » ?
Selon les informations du New York Times, le gisement « Dobra » n’est pas un choix aléatoire. Son développement revêt une triple importance stratégique.
1. Économique : Les ressources du gisement sont estimées à 1,2 million de tonnes de minerai de lithium avec une teneur en oxyde de lithium (Li₂O) de 1,1 à 1,4 %. C’est l’un des plus grands actifs en Ukraine, susceptible de faire du pays un acteur notable sur le marché des matières premières critiques pour les batteries de véhicules électriques et le stockage d’énergie.
2. Technologique et infrastructurelle : Le projet couvre deux sites — « Stankuvate » et « Nadiya » (Espoir). Sa mise en œuvre nécessitera de construire de zéro ou de moderniser en profondeur toute l’infrastructure d’accompagnement : des chaînes logistiques à l’alimentation électrique, ce qui pourrait donner une impulsion au développement de toute la région.
3. Politique : Comme le note RBC-Ukraine, le gouvernement ukrainien espère que la démonstration de mesures concrètes pour mettre en œuvre l’accord « réduira les risques de refroidissement politique de la part des États-Unis — surtout dans le contexte de l’enlisement des pourparlers de paix avec la Russie ». Ainsi, « Dobra » devient un outil de diplomatie économique.
Structure de l’accord : Comment les bénéfices seront-ils répartis ?
Le projet doit devenir un exemple concret des mécanismes prévus dans l’accord du 1er mai. Selon ses termes, que nous avons analysés en détail auparavant, le schéma suivant est envisagé :
- Partage paritaire des revenus : 50 % des bénéfices de l’extraction seront dirigés vers un Fonds d’investissement pour la relèvement conjoint ukraino-américain.
- Réinvestissement et compensation : Une partie de ces fonds, selon les plans actuels, sera réinvestie dans l’économie ukrainienne. Une autre partie pourrait être allouée pour compenser les États-Unis pour l’aide militaire fournie pendant les années de guerre. L’option d’investir dans le développement de l’industrie de la défense ukrainienne est également envisagée.
- Droits égaux : Aucune des parties n’aura de voix prépondérante dans la prise de décision concernant le projet.
« Ce partenariat stratégique ne concerne pas seulement les ressources, mais aussi la géopolitique »,
— a souligné à ce sujet la ministre de l’Économie de l’Ukraine, Yuliia Svyrydenko.
Candidats et risques : Qui est prêt à investir et que redoute le monde des affaires ?
Les analystes notent l’intérêt pour le projet de la part d’acteurs clés liés aux intérêts américains.
Investisseurs potentiels :
- TechMet : Une entreprise partiellement soutenue par des entités gouvernementales américaines, qui surveille « Dobra » depuis 2023 et a qualifié ses ressources d' »extrêmement significatives ».
- Ronald Lauder : Un homme d’affaires de premier plan, proche de l’ancien président Donald Trump. Ce sont ces figures qui avaient précédemment fait pression pour ouvrir le gisement au capital étranger.
Principaux obstacles et exigences des investisseurs :
Malgré l’intérêt, la voie vers des investissements de plusieurs milliards est semée d’embûches. Les entreprises étrangères pointent ouvertement un certain nombre de risques graves :
- Données géologiques obsolètes : Des travaux d’exploration modernes, à grande échelle et coûteux sont nécessaires.
- Infrastructure détruite ou inexistante : Il faut construire des routes, des ponts énergétiques et éventuellement des complexes de traitement.
- Risques militaires : Malgré l’emplacement, la menace de frappes de missiles et l’instabilité générale restent des facteurs dissuasifs clés.
- Risques réputationnels et transparence : Les investisseurs exigent la mise en œuvre de mécanismes modernes, tels que les Contrats de Partage de Production (PSA) et le recours à l’arbitrage international pour le règlement des différends. Ceci est nécessaire pour minimiser les risques politiques et réglementaires.
Pronostic : Le succès de « Dobra » comme indicateur du futur partenariat
Le lancement de l’appel d’offres pour « Dobra » n’est que la première étape, bien que d’une importance cruciale. Son succès ou son échec sera un indicateur pour l’ensemble de l’accord avec les États-Unis.
Scénario optimiste : Si la partie ukrainienne parvient à mener un appel d’offres transparent et compétitif, à tenir compte des exigences des investisseurs en matière de gestion des risques et à fournir au projet les garanties nécessaires, cela enverra un signal puissant à l’ensemble de la communauté des affaires internationale. « Dobra » pourrait devenir un projet phare, attirant des dizaines de milliards de dollars dans l’économie ukrainienne et ouvrant la voie à d’autres gisements de la liste des 57 minéraux couverts par l’accord.
Scénario pessimiste : Les lenteurs bureaucratiques, des conditions opaques ou l’incapacité à s’entendre sur des mécanismes de protection du capital favorables aux investisseurs pourraient entraîner un prolongement du processus ou le retrait des acteurs clés. Cela ne tuerait pas seulement le projet, mais saperait gravement la confiance des États-Unis dans la capacité de l’Ukraine à respecter ses obligations dans le cadre d’accords internationaux complexes.
Ainsi, le sort du gisement de lithium « Dobra » dépasse largement le secteur minier. C’est le premier test pratique d’un nouveau modèle de partenariat économique et géopolitique entre l’Ukraine et les États-Unis. La manière dont l’Ukraine réussira ce test déterminera non seulement l’avenir de ses propres ressources minérales, mais aussi la solidité de l’un des axes de politique étrangère clés de son histoire.
