La situation en Ukraine n’est plus seulement un arrière-plan médiatique, mais un facteur économique concret pour les pays de la région. Cela est particulièrement visible sur le marché immobilier polonais – partenaire clé de l’Ukraine.

Une nouvelle étude commandée par l’un des principaux portails immobiliers polonais, nieruchomosci-online.pl, fournit des chiffres clairs confirmant que l’anxiété géopolitique causée par la guerre affecte directement la psychologie et le portefeuille de l’acquéreur polonais.
Les chiffres de l’anxiété : 41% craignent une expansion de la guerre, 70% s’attendent à une montée des tensions sociales
Selon les résultats publiés de l’étude « To my. Polacy o nieruchomościach — IV kwartał 2025 », menée auprès de 1013 Polonais adultes, 41% des répondants craignent que la guerre en Ukraine ne s’étende à d’autres pays de la région. Parallèlement, près d’un quart (24%) n’a pas d’opinion claire, ce qui ne fait qu’intensifier l’atmosphère générale d’incertitude.
Concomitamment, 70% des Polonais s’attendent à une intensification des divisions et des tensions sociales au sein de la Pologne elle-même en 2026. Cette « double anxiété » – externe et interne – crée un fond psychologique complexe pour la prise d’engagements financiers à long terme, tels qu’un prêt hypothécaire.
Non pas annulation, mais prudence : comment le comportement de l’acheteur évolue
Les experts soulignent qu’il ne s’agit pas d’un effondrement de la demande, mais d’une transformation qualitative de celle-ci.
« La guerre actuelle ne bloque pas la demande sur le marché, mais elle influence les sentiments. Elle agit comme une toile de fond qui accroît la prudence et la tendance à calculer les risques plus minutieusement »,
explique Rafał Bieńkowski, expert en analyse du portail nieruchomosci-online.pl.
Dans la pratique, comme le note l’analyste, cela se traduit par :
- Le report des décisions : Les acheteurs potentiels prennent plus souvent un « temps mort » pour observer la situation.
- Le choix de modèles financiers plus sûrs : La préférence va aux prêts avec un apport initial plus élevé ou une durée plus courte pour réduire la charge de la dette.
- Le choix pragmatique du bien : Les logements plus petits mais plus économiques, plus faciles à entretenir en cas de turbulences économiques, peuvent devenir une priorité.
« Lorsque le sentiment d’incertitude grandit, une plus grande prudence apparaît naturellement »,
résume Bieńkowski.
Portrait de l’anxiété : la génération plus âgée est plus pessimiste
L’étude a révélé une fracture démographique nette. La peur de l’expansion du conflit est plus prononcée chez les Polonais de plus de 55 ans (47%), alors qu’elle est près de 20 points de pourcentage plus basse chez les jeunes de 18 à 24 ans (29%). Un écart similaire s’observe dans les attentes de bouleversements sociaux : dans le groupe « 55+ », 80% sont pessimistes, contre 60% chez les Polonais de moins de 34 ans.
Dans le même temps, le facteur géographique ne joue presque aucun rôle : les habitants des grandes villes et des zones rurales partagent ces préoccupations à parts égales.
Qu’est-ce que cela signifie pour les entreprises et les investisseurs ukrainiens ?
Pour les entrepreneurs ukrainiens envisageant le marché immobilier polonais (à la fois pour l’investissement et pour les activités liées aux matériaux de construction, aux services), ces données sont un signal important.
- Comprendre le client : Le consommateur en Pologne est devenu hypersensible au risque. Les offres performantes doivent mettre l’accent sur la stabilité, la sécurité et la prévisibilité financière.
- Changement de tendances : La demande pourrait augmenter dans le segment de la location (comme alternative plus flexible à l’achat) et pour les biens de catégorie moyenne et inférieure.
- Le facteur du coût du crédit : La prudence dans la société pourrait freiner une hausse brutale des taux d’intérêt, car le régulateur cherche à ne pas « surcharger » un marché déjà nerveux.
- Impact indirect sur l’Ukraine : La stabilité de l’économie polonaise et du marché immobilier est d’une importance cruciale pour les exportations ukrainiennes et pour les millions d’Ukrainiens vivant et travaillant en Pologne. Leur bien-être financier dépend également de la conjoncture économique locale. Pour les investisseurs français et européens, l’exemple polonais illustre comment les marchés frontaliers d’une zone de conflit doivent gérer à la fois les opportunités économiques et les risques géopolitiques accrus, une leçon pertinente pour l’ensemble du continent.
Ainsi, le facteur ukrainien, tout en restant une source de risque, rend également le marché polonais plus rationnel et calculateur. Et sur un tel marché, ce sont ceux qui savent le mieux calculer non seulement les profits, mais aussi les risques, qui l’emportent.
