En 2025, les effectifs des organes du pouvoir étatique en Ukraine ont diminué de plus de 5 000 personnes, soit 3%. Dans le même temps, le salaire moyen des fonctionnaires dans les organes centraux du pouvoir a augmenté de près de 10%, atteignant 81 630 hryvnias (environ 1 600 €*) en décembre. Ces données annuelles ont été publiées par le ministère des Finances.
Le débat sur l’efficacité et le coût de l’appareil d’État a de nouveaux chiffres à analyser. Selon le rapport du ministère des Finances, l’année dernière le nombre total d’employés des organes étatiques a diminué de 5 100 personnes : de 169 800 à 164 700. La réduction a touché les organes centraux du pouvoir exécutif, les administrations étatiques locales et les organes judiciaires.
« La réduction a touché tous les principaux segments de la fonction publique, y compris les organes centraux du pouvoir exécutif, les administrations étatiques locales et les organes judiciaires »,
constate le ministère.
Moins de personnes, plus de salaire : paradoxe ou logique ?
Malgré la réduction des effectifs, le salaire mensuel moyen dans les appareils des organes centraux du pouvoir a affiché une croissance. Sur l’année, il est passé de 54 400 hryvnias (≈1 068 €) en 2024 à 59 700 hryvnias (≈1 173 €) en 2025. La croissance annuelle a été d’environ 9,7%.
La dynamique de fin d’année est particulièrement révélatrice. En décembre 2025, le salaire moyen des fonctionnaires a atteint 81 630 hryvnias (environ 1 600 €*). Cependant, par rapport à décembre 2024, la croissance s’est avérée modeste — seulement 2,3%, ce qui suggère l’influence possible des primes annuelles et des versements ponctuels sur le « saut » de décembre.
Qui a le plus bénéficié ?
Le ministère des Finances a mis en avant les départements ayant connu la plus forte hausse salariale en décembre :
- Agence nationale pour l’identification, la recherche et la gestion des actifs issus de la corruption et d’autres crimes (ARMA).
- Commission nationale de régulation étatique dans les secteurs de l’énergie et des services publics (NEURC).
- Administration d’État des affaires.
L’augmentation des revenus au sein de l’agence anticorruption et du régulateur du marché de l’énergie peut indiquer une politique de stimulation matérielle ciblée pour les employés des départements clés en termes de réformes et de contrôle. Pour les entreprises françaises et canadiennes intéressées par le secteur énergétique ukrainien, notamment les énergies renouvelables, la transparence du régulateur NEURC est un facteur d’investissement crucial.
Qu’est-ce que cela signifie : trois regards sur les mêmes chiffres
Les statistiques officielles peuvent être interprétées de différentes manières, et chaque version sera partiellement correcte :
- Version de « l’Optimisation efficace » : L’État a supprimé certains postes peu efficaces et a redirigé les fonds libérés vers l’augmentation des salaires des spécialistes restants, afin de les motiver et de lutter contre la corruption. Une réduction de 3% des effectifs avec une croissance de la masse salariale inférieure à 10% peut indiquer des économies.
- Version du « Statut quo avec des éléments de relations publiques » : La réduction de 3% des effectifs est une rotation naturelle et une optimisation mineure qui ne change pas la nature d’un appareil gonflé. La hausse des salaires, en particulier dans les départements « privilégiés », ne fait qu’accentuer l’inégalité sociale entre le secteur public et l’économie réelle, où le salaire moyen est nettement inférieur.
- Version du « Reformatage technique » : Une partie des fonctions et des employés pourrait avoir été transférée du statut de « fonctionnaire » à d’autres formes (par exemple, des entreprises publiques ou des organisations contractuelles), ce qui apparaît statistiquement comme une réduction, mais ne diminue pas les coûts globaux de gestion.
Lequel de ces scénarios est le plus proche de la vérité sera montré non par les rapports ultérieurs du ministère des Finances, mais par les résultats pratiques du travail de l’État : la vitesse de mise en œuvre des réformes, la qualité des services publics et la dynamique dans les classements de la facilité à faire des affaires. Pour l’instant, les chiffres ne font qu’enregistrer une manœuvre de personnel et de finances, dont le véritable coût et la valeur pour l’économie restent à évaluer.
Conclusions pour l’économie et le contribuable
Les données présentées ne sont que la partie émergée de l’iceberg appelé « efficacité de l’appareil d’État ». Elles ne répondent pas à la question principale : l’État a-t-il commencé à travailler mieux, plus vite et plus honnêtement après ces changements de personnel et financiers ?

Pour les entreprises, les indicateurs clés ne sont pas les salaires des fonctionnaires, mais la rapidité de prise de décision, la transparence des procédures et la baisse du niveau de corruption. Si les augmentations de salaires à l’ARMA et à la NEURC conduisent à des résultats tangibles — récupération d’actifs et tarifs équitables — alors ces dépenses peuvent être considérées comme des investissements. Sinon, ce n’est qu’une augmentation du coût d’entretien du système.
Pour l’instant, la tendance est claire : l’État poursuit sa politique de réduction formelle de l’appareil tout en augmentant simultanément son coût. L’efficacité finale de cette politique ne deviendra claire que lorsque ses résultats seront ressentis par chaque entrepreneur demandant une licence, un permis ou saisissant la justice.
*Notes : Taux de change utilisé pour le calcul : 1 USD = 42,9697 UAH (taux officiel de la Banque nationale d’Ukraine au 03.02.2026). Le calcul en euros (≈1 600 €) est fourni à des fins de comparaison internationale et à titre informatif uniquement, il ne constitue pas un conseil financier.
