L’inspection fiscale nationale de Lituanie a publié le classement des plus grands contribuables pour 2025. La première place, comme l’année précédente, a été occupée par la raffinerie de pétrole Orlen Lietuva, bien que ses versements aient baissé de 21 %. La deuxième place, avec une croissance record des paiements de 28 %, a été prise par le réseau de stations-service Circle K. Au total, le top 10 comprend des entreprises qui ont versé au budget de 139,6 à 415,6 millions d’euros (≈ 165,1–491,7 millions USD*).
Qui remplit réellement le budget de l’un de nos principaux partenaires et alliés en Europe et dans le monde ? La réponse est fournie par le récent classement préparé sur la base des données du fisc lituanien. La liste des leaders en dit long sur la structure de l’économie lituanienne : ses moteurs restent l’énergie, la vente au détail et, paradoxalement, la production de produits du tabac.
Le podium des leaders : chute d’un champion et ascension d’un outsider
La raffinerie de pétrole Orlen Lietuva (appartenant au groupe polonais PKN Orlen) a conservé la première place, ayant payé 415,6 millions d’euros (≈ 491,7 millions USD*) d’impôts en 2025. Cependant, par rapport à 2024, ses contributions fiscales ont diminué de 21 % (107,3 millions d’euros).
Le véritable « moteur fiscal » de l’année a été l’entreprise Circle K Lietuva, qui gère un réseau de stations-service. En passant de la troisième à la deuxième place, elle a augmenté ses paiements d’impôts de 28 % (82 millions d’euros), les portant à 375 millions d’euros (≈ 443,5 millions USD*).
Top 10 : Qui d’autre est en tête ?
Le classement, qui prend en compte les accises et la TVA, montre la stabilité des mêmes secteurs. Après les deux leaders, les cinq plus grands contributeurs au budget étaient :
- Troisième place : Okseta (commerce de produits pétroliers) — 356,7 millions d’euros (≈ 422,0 millions USD*).
- Quatrième place : Philip Morris Baltic (fabricant de tabac chauffé) — 288,6 millions d’euros (≈ 341,4 millions USD*).
- Cinquième place : KN Energies (opérateur public de terminaux GNL) — 287,4 millions d’euros (≈ 340,0 millions USD*).
Le top 10 est complété par des entreprises représentant principalement la vente au détail et le secteur financier :
- À la sixième place – le groupe Sanitex, propriétaire du réseau de gros Promo Cash&Carry (250,1 millions d’euros / ≈ 295,9 millions USD*).
- À la septième place — le réseau de vente au détail Maxima LT, appartenant à la société Vilniaus Prekyba (182,46 millions d’euros / ≈ 215,9 millions USD*).
- À la huitième place — le réseau de vente au détail d’alcool MV GROUP Distribution LT (166,3 millions d’euros / ≈ 196,7 millions USD*).
- À la neuvième place – le réseau de vente au détail allemand Lidl Lietuva (150,7 millions d’euros / ≈ 178,3 millions USD*).
- Fermant le top 10, Swedbank a contribué l’an dernier au budget à hauteur de 139,57 millions d’euros / ≈ 165,1 millions USD*.
Comme le montre la liste, après les géants de l’énergie et le monopole du tabac, la principale charge fiscale est supportée par les réseaux répondant aux besoins quotidiens de la population, ce qui reflète la structure de la demande intérieure du pays. Ce classement est instructif pour les entreprises françaises envisageant des partenariats dans la région.
Ce que révèle le classement : diversification vs dépendance

L’analyse de la liste permet de tirer plusieurs conclusions importantes sur le modèle économique lituanien, et à travers lui, sur le modèle balte en général :
- Une forte dépendance à l’énergie et aux matières premières. Les quatre premières places du classement sont liées d’une manière ou d’une autre aux produits pétroliers, ce qui rend le budget lituanien vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux de l’énergie.
- La vente au détail, un contributeur stable. La présence de cinq réseaux de vente au détail (y compris le grossiste Sanitex) dans le classement témoigne d’un niveau élevé de consommation intérieure et d’une discipline fiscale efficace dans ce secteur.
- Le paradoxe des « vices ». La présence constante du géant du tabac Philip Morris Baltic dans le peloton de tête rappelle que les taxes d’accises sur le tabac restent l’une des sources de revenus budgétaires les plus fiables, malgré les politiques officielles de mode de vie sain.
- Le rôle modeste du secteur financier. Une seule banque, Swedbank, parvient tout juste à entrer dans le top 10, ce qui peut indiquer des spécificités de la fiscalité bancaire ou une échelle relativement modeste du secteur.
Ainsi, l’économie lituanienne présente à la fois les signes d’un marché de consommation développé (un commerce de détail puissant) et une dépendance persistante à des industries traditionnelles et volatiles. Attirer avec succès des entreprises de haute technologie qui pourraient figurer dans un tel classement reste une tâche stratégique pour le pays.
Une leçon pour l’Ukraine
Pour l’administration fiscale et les entreprises ukrainiennes, le classement lituanien n’est pas qu’une simple curiosité statistique. C’est une démonstration de ce à quoi ressemble la discipline fiscale dans un pays ayant déjà parcouru le chemin de l’intégration européenne. La transparence et la publicité de telles données renforcent la confiance de la société dans le système. En outre, la liste montre clairement quelles industries pourraient devenir les principaux contributeurs au budget à moyen terme après la stabilisation de la situation : l’énergie, la logistique, la transformation agricole et la vente au détail.
La question principale pour l’Ukraine : pouvons-nous construire un système fiscal dans lequel les plus grandes entreprises ne cacheraient pas leurs revenus, mais seraient fières de leur place dans un tel classement ?
*Notes : Taux de change utilisés pour les calculs : 1 EUR = 1,1826 USD (taux moyen du marché au 04.02.2026). Les équivalents en dollars américains sont donnés à titre indicatif pour comprendre l’échelle et ne constituent pas un conseil financier.
